MIDI LIBRE -
MONTPELLIER Dimanche 3 juin 2001
Rencontre avec un cétologue
et guide nature
Il suit les cétacés
du Canada aux Bahamas et étudie ceux de la région
Chaque été, au large de la pointe Corse,
près de six baleines, de l'espèce rorqual
commun, se retrouvent et batifolent. Leur sanctuaire estival,
baptisé « Mer de Ligure »,
vient d'être zone protégée par l'Union
Européenne. « Une victoire après
dix ans de combats », apprécie Julien
Marchal qui oeuvre désormais à mettre son
grain de sable dans l'élaboration de la charte
promise pour gérer cet espace infini. A 25, ce
jeune cétologue montpelliérain va d'ailleurs
partir trois mois vivre au milieu de ses protégées
et avec mission scientifique : « poser
un émetteur sur la dorsale des adultes afin de
suivre leur course à travers le monde, via le satellite ».
Une première en la matière, car ses mammifères
géants aquatiques restent encore bien mystérieux.
Deux
à six milles individus au nord de la Corse
Un mode de vie
familiale et matriarcal
90% du temps en profondeur
Le coeur gros comme
une 2 CV
Photographies en
apnée
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« Une baleine vit à 90% de son temps
en eau profonde. On ne connaît précisément
ni leur nombre, ni leur mouvement à travers les
mers et océans et l'on devine tout juste leur mode
de vie qui est familial et semble-t-il de type matriarcal ».
Barbichette au menton, yeux clair et vive voix, Julien
Marchal va donc s'immerger dans leur monde pour en savoir
plus. Après avoir pisté les grands cétacés
du Canada, aux Bahamas, le voici qui se spécialise
dans ceux de la Méditerranée. « Une
mer relativement protégée des gros pêcheurs
prédateurs mangeurs de cétacés que
sont les Japonais et les Norvégiens. Une mer qui
va être épargnée des filets dérivants
(1) et qui est sillonnée par des centaines de bateaux
à touristes pour lesquels la baleine est devenue
un atout maître ». L'animal est des plus
attractifs. « Magnifique, curieux, doux et
intelligent, il est sensible à la présence
étrangère et sans acrimonie contre l'homme
alors qu'on les massacre », s'étonne
même l'expert qui a nagé la première
fois en compagnie de ces géants l'année
de ses quinze ans. Un choc. Une révélation.
« Il faut se baigner pour les voir, les connaître ».
A l'île Maurice, Julien a même plongé
avec huit cachalots, le plus impressionnant des mammifères
marins. La rencontre de la baleine bleue au Canada, un
adulte, grand comme un semi-remorque, a une langue de
poids d'une Twingo et le coeur de la taille d'une 2 CV ».
Et quand ce montre surgit de l'eau, c'est « tout
en souplesse et en grâce », dit le jeune
homme qui aime suivre leur danse en apnée sans
autre prétention que « les découvrir.
Et si je peux, les prendre en photos ». Avec
huit ans d'expédition derrière lui, Julien
à le savoir-faire. Il diffuse ses clichés
entre autre sur internet et pour se payer ses voyages,
pouvoir s'investir dans les « missions d'experts,
généralement bénévoles ».
Sauvage, sensible,
curieux et inoffensifs
En Méditerranée, Julien Marchal a surpris
ainsi des dizaines de ballets aquatiques. Et s'il n'a
pas repéré de géants bleus, le cétologue
sait qu'une vingtaine d'autres espèces de cétacés
est répertoriée entre la Sardaigne et l'Ile
de Beauté, dont les milliers de rorquals communs
(le plus grand mammifère après la baleine
bleue) ; le globicépahle noir ; le dauphin
bleu et blanc et le grand, style Flipper ; le dauphin
commun qui est hyper rare ; le petit rorqual ;
le cachalot ; le marsouin et aussi la baleine à
bosse, vue en avant première en mai 2001 au large
de la Grèce.
Autant de sujets que Julien Marchal étudie et photographie.
Avec l'ambition de « mieux connaître
pour qu'on protège ». Un désir
qu'il partage avec les associations de sauvegarde de la
nature qui désespèrent des difficultés
à surveiller les mers. Même si la technologie
avance. « Car désormais les tests ADN
permettent de savoir quelle sorte de baleine est mise
en quartier par les pêcheurs » et l'on
découvre que la seule espèce accordée
aux tueurs, le petit rorqual, vif et plus nombreux que
les autres, n'est pas en fait pas celui qui deviendra
sushi. Pourtant les lois sont là. « Mais
pour appliquer sur l'eau, il faut s'accrocher à
la poupe des bateaux qui dégazent au large ou qui
harponnent le plus gros des mammifères ».
·
C.-S.FOL
(1) L'usage des filets
dérivants, long de 1à à 20
km, « aux mailles inventées par Ifremer
et qui ramassent tout ce qui bouge sans distinction dont
les dauphins, les tortues voire même les baleines »,
précise Julien Marchal, va être interdit
par l'UE à partir de janvier 2002.